Le Débrief du 2 novembre 2018

Depuis quelques semaines, je vois passer des articles totalement alarmistes sur un sujet qui semble tourner à l’obsession chez certains journalistes. Enfin, plus précisément dans un microcosme de journalistes officiant au sein de titres de presse traditionnelle, comme Libération ou Le Monde, entre autres.

De quoi s’agit-il ? Nous parlons de Reworld Media, un groupe média créé en 2012, qui s’est construit sur le rachat à bas coût d’anciens titres de presse écrite pas très en forme pour en faire des pure players digitaux, et tenter de les transformer à la hussarde en machines à cash. Un groupe qui se positionne aujourd’hui sur le rachat des titres du groupe Mondadori. Les méthodes employées sont parfois un peu brutales, à commencer par cette tendance très marquée à montrer le chemin de la porte aux journalistes avec carte de presse, pour les remplacer par des rédacteurs ou « chargés de contenus » souvent pigistes, freelance, voire stagiaires. Voire les trois à la fois. Ce qui bien sûr a le don d’hérisser les poils de nos confrères de Libé et consorts, de « vrais » journalistes, eux, avec toute la modestie que l’on leur connait.

Sans vouloir défendre Reworld, il faut dire que la prose et les arguments développés dans cet article (entre autres) sont assez surréalistes. En gros, l’auteur semble s’offusquer que dans les titres rachetés par Reworld Media, il n’y ait plus de « maquettistes, éditeurs et iconographes », et que les rédacteurs doivent y produire « vingt contenus par mois ». Peut-être pourrait-on expliquer à ce journaliste – dont on se demande un peu sur quelle planète il vit – que l’ère pépère de la presse à l’ancienne, où des éditorialistes un peu vaniteux publiaient sans pression un ou deux articles par mois expliquant au peuple comment il fallait penser, est révolue.

Et que ce que décrit l’article n’est ni plus ni moins que le quotidien de centaines d’équipes qui font vivre aujourd’hui les médias digitaux.
Des médias digitaux « pure players » qui, pour certains, drainent autant, voire plus de trafic qu’un Libération, sans subventions de l’état, avec trois à quatre fois moins de personnel, en produisant des contenus dont ils n’ont pas à rougir.

Sans maquettistes, sans éditeurs ni iconographes. Ni carte de presse. En se débrouillant avec les moyens du bord. Et leurs compétences.

Panique dans les rédactions
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2 avis sur « Panique dans les rédactions »

  • 21 novembre 2018 à 23 h 17 min
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    C’est clair qu’internet a redéfini les règles et dans tous les métiers.
    Le problème c’est que nous avons à faire à des mastodontes qui ont de années d’expériences d’un côté et des geeks qui arrivent à te pondre du billet en deux heures maximum avec des images libres de droit de l’autre.
    Perso, j’ai déjà payé des superbes piges pour 50 €, je repasse juste derrière pour le SEO et baste….imbattable et imparable.
    Pareil pour le « cycle de vie » d’un métier, dans l’édition, à part l’arrière du traitement de texte ou de QuarkXPress et ensuite les CMS (Drupal je pense pour la majorité), il n’y a pas eu d’évolution énormes. Et je suis prêt à parier que le journaliste prend encore ses notes à la main (la vieille école) et ensuite, remet ça au propre…quand c’est lui qui le fait….alors que dans le web, on fait du live, on édite, on valide…on corrige, on perfectionne etc…

    Je rencontre le même état d’esprit dans l’hébergement. J’ai des clients qui achètent des noms de domaine dès l’expiration, ça se joue à quelques minutes, et qui se servent de la notoriété du domaine pour y mettre de la pub ou de l’affiliation Amazon….

    Truc de dingue que je ne connaissais pas, mais un énorme bizness pour le net linking notamment….
    Tout va très vite, et la presse n’est pas pressée d’évoluer à ce rythme fou

  • 22 novembre 2018 à 11 h 25 min
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    C’est ça. Oui le rachat de domaines qui rankent pour y mettre de l’affil est un bon business apparemment.

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