Et si la bonne gouvernance des réseaux sociaux était juste une question de culture ?

station spatiale

Plusieurs évènements se sont entrechoqués ces derniers jours – sans qu’ils aient une relation directe entre eux – qui interrogent sur le rôle des GAFA dans le débat politique, et public.

Tout d’abord le fameux bannissement définitif de Donald Trump par Twitter, puis par d’autres plateformes, qui ont aussi décidé de le museler une bonne fois pour toutes.

Ensuite, plus près de nous et d’apparence beaucoup plus anecdotique, la même mésaventure arrivée à Elie Seimoun sur Instagram, pour avoir posté une vidéo de vœux un peu sarcastique (que ce soit drôle ou pas n’est pas le sujet), apparemment mal comprise par les censeurs, pardon, les “modérateurs” de la plateforme de photo tellement bienveillante…

Il y a aussi cette “restriction temporaire” du compte Twitter du vaccin russe Sputnik V contre le Covid-19, coupable d’avoir publié également un tweet très second degré dans lequel ses auteurs mettaient de façon humoristique en garde contre les effets secondaires du vaccin, comme “le bonheur, les larmes de joie, l’espoir, la fierté et un certificat de vaccination…”

Sans revenir sur le cas Trump qui est, hum, un peu particulier (voir le long thread dans lequel le boss de Twitter s’explique ou se justifie à ce sujet), ou de celui, récurrent, de la censure aveugle d’œuvres comme “L’origine du monde” par Facebook et les autres, il devient de plus en plus évident que ces petits coups de canif dans la liberté d’expression sont la marque d’un fossé qui semble impossible à combler entre les cultures.

En même temps que nous avons abandonné notre souveraineté (et nos data) aux géants américains faute d’avoir été capables de développer ou de financer de puissants réseaux sociaux européens, nous payons chaque jour le prix de cet asservissement, tant au niveau politique, économique, des états, qu’au niveau des particuliers, qui chaque jour voient leurs publications retoquées au nom d’une morale ou d’une pudibonderie totalement anglo-saxonne, qui n’a pas nos codes, qui ne nous capte pas, et que nous ne comprenons pas non plus.

L’idée ici n’est pas de faire de l’anti-américanisme primaire (ni secondaire d’ailleurs), et force est de reconnaitre le savoir-faire de nos cousins d’outre atlantique dans tous les domaines touchant à la Tech ou à internet, dont nous profitons chaque jour dans la joie et la bonne humeur. Le problème se situe surtout dans le fait que les responsables de ces plateformes n’entendent la localisation et la création de filiales par pays qu’en termes de business et dans leur application technique. En dehors de cela, aucun effort n’est fait pour tenter de s’adapter aux cultures locales et à leur vocabulaire, dont les GAFA se contrefoutent comme de leur première ligne de code, on ne va pas se mentir. Le mantra de tous temps de la première puissance mondiale reste le même : “ce sont les autres qui doivent s’adapter, pas nous. Même quand nous sommes chez eux” (coucou Emily in Paris, qui vient directement de Chicago pour diriger une filiale parisienne récemment rachetée sans parler un mot de français). Et c’est encore plus visible sur les réseaux sociaux.

C’est ainsi qu’un Seimoun est censuré façon bourrin par un Instagram qui ne pige strictement rien au second degré, et que Twitter sort la sulfateuse dès qu’il voit “Sputnik” dans un titre. Sans aucun discernement.

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Ce qui montre sans surprise que les GAFA paraissent beaucoup moins à l’aise dans l’analyse politique et sociale que dans celle de la data publicitaire.

Les GAFA paraissent beaucoup moins à l’aise dans l’analyse politique et sociale que dans celle de la data publicitaire

Un autre exemple, plus subtil mais tellement énervant : l’inculture du correcteur de texte de l’iPhone, incapable de saisir les subtilités d’un langage, et dont les lacunes en matière de vocabulaire (en tout cas en français) sont parfois flagrantes dès que l’on tente un mot sortant un peu de l’ordinaire. Idem par exemple pour des noms de villes ou de régions pourtant assez connues, qui n’existent simplement pas pour Apple (essayez Arcachon ou Montélimar pour voir…), mais peut-être est-ce la même chose en anglais ?

Cette manifestation du soft power US devient pénible, a fortiori quand elle s’attaque à des valeurs qui nous sont chères, et dont on se rend compte qu’elles ne sont pas si universelles que cela, comme l’humour, le sarcasme ou même la caricature (voir les prises de position de certains médias américains à propos des affaires récentes de autour de l’Islam).

Pénible, parfois même révoltant, de n’avoir pas trop d’autre choix que celui de nous exprimer sur les plateformes de GAFA dont les modérateurs sont parfois bêtes à bouffer du foin, dont le mode de fonctionnement binaire les rend incapables de saisir les subtilités de l’esprit latin (ou même juste européen).

La solution ? Qu’ils investissent quelques milliards de plus dans des structures régionales réellement composées de vraies personnalités locales, et non pas de béni-oui-oui qui sont là juste pour appliquer la ligne du parti de Palo Alto sans aucun pouvoir, et qui ne sont même pas capables d’écouter, de répondre, et de régler les litiges concernant les abonnés de leur propre pays, souvent traités par le plus grand mépris (Twitter France, par exemple, dont on se demande vraiment à quoi sert le bureau parisien).

Comme l’écrit l’équipe de Ruptures, un média lui aussi victime d’une catégorisation totalement ubuesque de Twitter, et révélatrice de tout ce que je décris plus haut (absence de discernement, arbitraire, mépris), “L’évolution délétère des grands réseaux sociaux états-uniens (en situation de quasi-monopole) devrait conduire à une prise de conscience. Il y a urgence.”

Bon d’accord, on peut se rassurer en se disant qu’on n’a encore rien vu. Attends un peu de découvrir ce qui va se passer quand les réseaux sociaux chinois seront devenus aussi – ou plus – puissants que les américains. Il se pourrait alors que nous regrettions le bon temps des GAFA.

Pendant ce temps, l’Europe… Non, rien.


Télégrammes

Qui veut perdre des millions ? J’ai mal pour eux. Tu peux tout jeter, voici le guide qui va te sauver du numérique (non). Il y a au moins 5 enseignes françaises dans ce classement des 50 marques les plus valorisées au monde, sauras-tu les retrouver ? Sinon, Apple, première dans ce classement, fait aussi fortune avec les apps des autres, merci qui ? Merci Covid. Lui il ne figure pas dans ce palmarès, et pourtant la marque Omar Sy semble bien s’exporter également. Merci qui ? Merci Netflix. Si tu veux un fauteuil en forme d’avocat, fais confiance à l’intelligence artificielle. La liste noire de Trump fait 9 nouvelles victimes, les dronistes et les trottinettistes en sueur. A propos de drones, quand on vous dit que c’est interdit, c’est interdit. Porsche atteint son objectif de vente de 20 000 Taycan électriques en 2020, malgré le Covid, des ventes qui dépassent déjà celles de la Tesla Model S sur la même période, et prévoit de doubler le chiffre en 2021. Ça marche aussi pas mal sur l’électrique pour Audi. Quant au bon vieux PC, il ne se porte pas trop mal non plus, merci qui ? Merci Covid. On s’en fout, la Renault 5 revient, et elle est plutôt jolie…

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A la petite semaine

Quand la musique est bone

Non il n’y a pas de faute dans le titre, tu verras pourquoi à la fin. Histoire de la semaine, easy. On savait que les radiographies récupérées à l’occasion d’un examen médical pouvaient servir à déverrouiller des portes quand on avait perdu ses clés. Mais il s’agit là d’un tout autre usage. Après la deuxième guerre mondiale, Staline, fortement épris de liberté, a interdit la possession et l’écoute de toute musique occidentale en Russie. C’est alors qu’un jeune ingénieur du son a trouvé le moyen de pirater des albums et de les graver sur des radios qu’il allait récupérer dans les hôpitaux. Si tu cherchais un vrai sens au mot “collector”, là je crois qu’on n’est pas mal. Bonne chance pour trouver une des pépites de cette Bone Music (musique d’os, le nom donné à ces disques).

Journalites et communicants, les liaisons dangereuses ?

Cision publie son enquête annuelle analysant à la loupe les relations entre les agences de communication et de presse et les journalistes, réalisée auprès de 3251 journalistes dans plus de 15 pays. Il en ressort quelques éléments intéressants, comme le fait que 71% des journalistes jugent que moins d’un quart des communiqués de presse sont pertinents, que 62% des journalistes monde considèrent que les chiffres sur le nombre de vues et d’engagement changent leur façon d’évaluer l’information, ou encore, plus étonnant, que 31% des journalistes interrogés choisissent leurs sujets d’articles le jour même voire en temps réel.

De l’art et du dollar

De Woodstock à Burning Man, ou comment les entreprises de la Silicon Valley masquent leur culture du pouvoir et de la big money sous un vernis cool, progressiste et artistique. Et comment un festival complètement déjanté comme Burning Man est devenu en quelques années le rendez-vous d’une élite californienne fortunée qui donne l’illusion d’une vie de bohème à l’esprit ouvert, alors qu’au final ce sont toujours les mêmes qui tirent les ficelles, Apple, Google, Facebook et consorts. Au moins Steve Jobs était un vrai hippie, lui.

La seringue sur le gâteau

Si tu n’aimes pas les aiguilles ne regarde pas. Les selfies c’est tellement 2015. Si tu veux être dans le move, il faut passer aux vaxxies (contraction des mots « vaccin » et « selfie »), une tendance que vient juste d’inventer Le Monde à partir de 3 photos d’épaules de personnes fraichement vaccinées qui exhibent fièrement leur pansement ou leur certificat de vaccination. Si cela peut favoriser l’adoption de ce geste et motiver les autorités à accélérer le mouvement, pourquoi pas après tout.

Le virus de l’innovation

Sonnette qui prend la température, drone désinfectant, masque connecté ou mesurant la respiration… Les entreprises et start-ups de la tech se sont lancées dans une nouvelle course à l’innovation pour contrer le Covid-19 et tenter d’empêcher d’être contaminé. Le CES (virtuel cette année, 100% en ligne) a permis de mettre en lumière de nombreux projets dans ce domaine. Espérons que ces inventions survivent à la fin de la pandémie (oui je suis optimiste, je suis parmi les derniers à croire à un happy ending).

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Quand les rois du pétrole font du greenwashing

Un projet fou de ville totalement écolo, sans aucune voiture, 100% piétonnière et uniquement irriguée par des transports en commun hyper efficaces et rapides, ça se passe où ? Canada, Norvège ou Australie évidemment. Tu n’y es pas du tout. Cela se passe en Arabie Saoudite. Vrai projet ou intox, la métropole, qui a pour nom THE LINE, ambitionne d’accueillir un million d’habitants d’ici 2030.

La Chine en pénurie de containers

La demande mondiale pour les produits chinois, déjà très forte en temps normale, n’a cessé de croître au cours des derniers mois en raison de la pandémie, ce qui a un effet inattendu sur la disponibilité des containers de transport. Autres conséquences en cascade, une augmentation des prix de transport – et donc des produits – et un allongement des délais de livraison. Ou quand le contenant devient plus stratégique que le contenu.

Les meilleures photos de 2020

Tu es assis confortablement avec ta tablette ou devant ton PC, bref avec un écran suffisamment grand, et tu as dix bonnes minutes devant toi ? Alors c’est le moment de prendre le temps de regarder ces 44 “meilleures photos de 2020”. Je sais, des photos tu en vois une race tout la journée, et ce genre de compilation fleurit en fin d’année au même rythme qu’un virus de pangolin, mais là franchement ça vaut le détour, car même les plus blasés risquent quand même de lever un sourcil. Des souris qui s’avoinent en loucedé sur un quai de métro désert au type qui escalade une chute d’eau prise dans la glace, il y en a pour tout le monde, profite.


La bonne adresse

Avec l’intelligence artificielle et le deepfaking, les initiatives et outils de création de vidéos personnalisées (et personnifiées) en ligne se multiplient à grande vitesse. Avec des résultats de plus en plus bluffants. Syntesia, une boîte basée à Londres et formée par des ingénieurs issus de Stanford et de Cambridge, semble mettre tout le monde d’accord avec un service qui permet de créer n’importe-quelle vidéo de présentation en choisissant son speaker, sa langue, son décor, le tout en ligne, en quelques minutes, à partir de son PC. Mais le plus étonnant est le fait qu’il suffit de saisir du texte pour que le présentateur le lise, soit à l’aide d’une voix de synthèse, soit à partir de ta propre voix que tu auras enregistrée auparavant. Pas totalement convaincu, va faire un tour sur le site et teste quelques vidéos de démo comme celle-ci où David Beckham parle 9 langues à la suite sans même s’en rendre compte. Mais surtout, si tu ne dois en regarder qu’une seule, c’est évidemment celle-ci.


C’EST DÉJÀ FINI ? C’EST DÉJÀ FINI. À la semaine prochaine !

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