Internet, entre piliers de bistrots et foire aux génies.

chef d'orchestre

« Les réseaux sociaux ont donné le droit de parole à des légions d’imbéciles qui avant, ne parlaient qu’au bar et ne causaient aucun tort à la collectivité. On les faisait taire tout de suite. Aujourd’hui, ils ont le même droit de parole qu’un prix Nobel »

J’ai une info pour toi : cette célèbre saillie d’Umberto Eco fonctionne aussi dans l’autre sens. Je veux dire, des génies jusque-là méconnus sont devenus célèbres grâce à internet, pour le bien et le bonheur de tous.

Une exposition qui est la conséquence de deux facteurs : d’un côté les technologies numériques, qui ont démocratisé l’accès à des outils de création, de l’autre, internet qui permet à chacun la diffusion facile desdites créations. Il y a 20 ans, un studio d’enregistrement coûtait plusieurs dizaines de milliers d’euros, aujourd’hui avec un iPhone et GarageBand (gratuit) tu peux produire des trucs qui sonnent pro, comme le font depuis des années de nombreux artistes réputés. Idem pour la vidéo, les arts graphiques, l’édition…

YouTube est peuplé d’imbéciles, certes, mais aussi – selon tes fréquentations et ce que les algorithmes en comprennent – de génies en tous genres qui n’auraient jamais eu droit au chapitre avant internet. Musiciens, éditorialistes, historiens, scientifiques, cuisiniers, inventeurs, réalisateurs, il serait impossible d’établir la liste des personnes au talent immense qui produisent des contenus sur la plateforme, et sur d’autres.

Des gens comme toi et moi, au départ

A tel point que par exemple un instrumentiste réputé et virtuose ayant fait une brillante carrière avec son art avant internet passerait probablement aujourd’hui inaperçu tant le niveau moyen a progressé avec l’exposition sur les réseaux sociaux, qui nous ont tous rendus terriblement exigeants. Bref, un jeune japonais publiant au calme ses petites prouesses en vidéo renverrait probablement Paco de Lucia ou Mark Knopfler, pourtant d’immenses artistes, à leurs chères études. Alors bien sûr on parle technique ici, et De Lucia, Knopfler et consorts ne sont pas que cela, mais quand même. Est-ce que ce jeune japonais existait avant internet (et seulement on ne le connaissait pas), ou est-ce internet qui a généré une espèce d’homo numericus virtuoso ? La poule et l’œuf, en fait.

Un “élitisme” qui peut aussi poser question. Entre les grosses têtes de TEDx (organisation qui revendique clairement cet entre-soi), les doigts agiles de YouTube d’un côté et les piliers de bistrot conspirationnistes de l’autre, difficile de se frayer un chemin si tu es juste une personne “normale” avec un talent particulier, quelque soit ton domaine.

C’est tout le paradoxe de l’horizontalité d’internet, qui serait finalement une illusion. Tout le monde peut prendre la parole, mais peu le font, et seules les personnes d’exception percent. Comme avant, en fait, du temps où la télé, les maisons d’édition et les producteurs à cigare régnaient en maîtres absolus sur l’entertainement. Certes, au contraire de cette époque, tout le monde a sa chance et peut s’affranchir des passe-droits, mais les places sont d’autant plus chères.

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Peut-être que la seule exception concerne les politiques. Si de nombreux citoyens de toutes obédiences s’expriment avec talent sur les plateformes, je n’ai pas connaissance qu’un seul ait percé à partir d’internet jusqu’à embrasser une carrière d’élu.

Une place à prendre, un rôle à inventer ?


Télégrammes

Google, né avec le numérique, fait allégeance à la vieille presse, et un joli pied de nez aux pure players du secteur nés avec internet. Sinon la littérature se porte bien, merci. Encore faut-il lire de vrais livres. Mais les fake news un peu moins, dixit Twitter. Au fait, où est Bernie ? Peut-être devant Netflix. Pendant ce temps, l’offre de streaming continue à s’étoffer. Mais, mais, c’était quoi un restaurant ? Tiens, il nous reste un peu d’argent malgré tout ça. Et sinon la Tesla du peuple est enfin disponible, juste 5 ans après son annonce, tu comprends maintenant ce qu’on appelle le Elon Time ? Attention, quand ce n’est pas assez cher, ça sent le flop. Le vélo de Joe Biden, un danger pour le monde libre, le Secret Service est sur les dents (et sur le coup). A propos de Maison Blanche et de secret, au fait. Google siffle la fin de la récré et range ses ballons, alors qu’Amazon fait les yeux doux au ballon rond, et que Fortnite aussi. Tiens tiens, Disney+ impose aussi sa censure débile en mode woke au mépris de la loi et de la culture française. Ce que je décrivais dans mon édito de la semaine dernière continue à se dérouler tranquillement sous nos yeux, sauvez-moi de ce monde de tarés. On s’en fout, on va bientôt pouvoir humer le passé (qui va finir par avoir une meilleure odeur que le futur si ça continue).


A la petite semaine

Tu as aimé internet ? Tu vas adorer Splinternet (non)

Tu te souviens du Village mondial ? Oui ? C’est que tu es vieux alors. Parce-que les plus belles années d’internet et des rêves libertariens de monde enfin uni et sans frontières (et sans états ?) commencent sérieusement à avoir du plomb dans l’aile. Il faut dire que les politiques, tout à leur tentation souverainiste – le mot moderne et poli pour nationaliste – font tout pour rebâtir en numérique les murs entre les nations qu’internet avait abolies. Hégémonie américaine, internet chinois, internet Russe, tout ce qu’il faut savoir sur l’état d’internet en 2021 est dans cet article très documenté.

Quand Obispo se déplateformise

Après 30 ans de carrière, Pascal Obispo a décidé de prendre son destin en main et de voler de ses propres ailes sur l’Ile aux oiseaux. L’artiste vient de lancer une application de “vente directe” avec pour ambition de se séparer de sa maison de disque, de récupérer les droits de ses chansons, de sortir des plateformes de streaming (Spotify, Deezer, Apple Music et compagnie) et de proposer lui-même ses créations via sa nouvelle application. L’application promet de donner accès à tout Obispo passé présent et à venir, avec des animations, des clips, des séries, des programmes, des lives inédits, des livres, des bandes dessinées, des partages autour d’un piano et d’une guitare, des karaokés, des documentaires, des interviews. Le tout pour 6 euros par mois. Un pari risqué, réservé aux superfans tombés pour lui.

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Devine qui a la plus longue

Réponds franchement : quand as-tu lu les conditions générales d’utilisation d’un service internet ou d’un réseau social entièrement pour la dernière fois ? Jamais. Moi non plus. Et pour cause. Le site Visual Capitalist se livre à une petite étude intéressante sur le sujet, avec infographies à l’appui, d’où il ressort que le temps moyen de lecture des CGU de plateformes comme Facebook, Spotify ou encore Zoom est supérieur à 30 minutes, la palme revenant à Microsoft avec plus d’une heure, Spotify se classant deuxième et Niantic (Pokemon Go) entrant sur la troisième marche du podium. Étonnamment, Facebook (oui je sais que c’est le premier auquel tu as pensé) ne figure même pas dans les 20 premiers, puisqu’il est 24ème.

Il fait une photo avec ses potes, et ça tourne mal

C’est l’histoire de la semaine. Un groupe de potes un peu tatoués, généreusement musclés et serrés dans des fringues de taille 12 ans fait un petit selfie innocent un soir de virée et le publie sur Insta. Jusque là rien que de très banal, à cela près que la photo ressemble vraiment à une gravure de mode ou à une pochette de disque de boys band. C’était sans compter sans l’espièglerie des internets et plus particulièrement de TikTok. Un membre du réseau social chinois repère la photo et la transforme en vidéo musicale version chant de marin a capella ‘“sea chanty” en anglais) par la magie du deepfake. Non seulement les lèvres et les visages des garçons sont animés en synchro avec la chanson, mais leurs corps bougent, achevant l’illusion. Une illusion tellement parfaite que tu ne peux pas deviner que c’est un fake si tu n’y prêtes pas attention, regarde bien la vidéo dans l’article. C’est impressionnant techniquement et inquiétant à la fois. D’ailleurs, les quatre gars à l’origine de ce buzz n’avaient rien demandé et se retrouvent malgré eux au centre d’un ouragan qui les dépasse.

Apprendre à écrire une lettre

Les newsletters sont tendance, et tu es bien placé pour le savoir puisque tu es abonné à Citronium. Mais réaliser, rédiger, déployer et faire grandir une newsletter ne s’improvise pas, et la mission devient même de plus en plus exigeante au fur et à mesure que la concurrence s’intensifie. Du coup, les auteurs de Tech Trash viennent de lancer un studio de création de newsletter pour accompagner les marques et entreprises souhaitant communiquer via ce canal. Petit rappel en forme d’auto-promotion, c’est exactement ce que je propose depuis déjà pas mal de temps (et ça marche).

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Des pâtes, oui mais des Spotify

Un matin, quelqu’un au marketing de Barilla s’est réveillé en se demandant comment la marque pourrait intégrer Spotify dans sa communication. Pâtes, Spotify, tu vois le truc ? Pas évident de trouver un lien entre les deux. Sauf qu’il ne faut jamais sous-estimer le génie créatif quand il s’agit de faire du buzz. Et voilà le travail : Barilla a créé des playlists Spotify qui correspondent au temps de cuisson de ses pâtes pour remplacer le proverbial minuteur. On a donc droit à des noms comme Mixtape Spaghetti ou Boom Bap Fusilli. C’est sympa, amusant, et ça se mange sans faim.

A vue d’œil

Un ophtalmologue israélien vient de redonner la vue à un patient grâce à l’implantation d’une cornée artificielle conçue par une startup locale. Un homme de 78 ans dont la cornée endommagée provoquait une cécité progressive a retrouvé la vue suite à l’implantation d’une cornée artificielle dans la paroi de son œil droit. Les intervenants considèrent qu’il s’agit d’une avancée cruciale car d’une part l’opération est “simple” et présente très peu de risques, et d’autre part, l’implant artificiel résout le problème du manque de donneurs pour ce type d’organe.

Un pilote avec un bon reflex

Tu flippes en avion, et les orages quand tu es suspendu à 10 000 mètres au-dessus du plancher des vaches ne sont pas vraiment ta tasse de thé ? Ceci va peut-être te rassurer. Santiago Borja est un pilote de ligne équatorien qui est régulièrement aux commandes de longs courriers au-dessus des Amériques et de l’Europe, et qui a une autre passion, la photographie. Son truc à lui, qui se qualifie comme “stormpilot” (pilote d’orage) c’est de prendre en photo les intempéries pendant les vols. Il en a fait un compte Instagram et même un business puisqu’il vend ses photos sous différents formats sur son site, qui lui ont valu de gagner une blinde de récompenses dans différents concours. Presque aussi bien que Dronestagram, dont la nouvelle version arrive dans quelques jours et va tout déchirer…


La bonne adresse

Klappz est un service en ligne qui permet de convertir du texte en animation audio et vidéo. Il suffit de coller son texte dans l’éditeur, de choisir une police, un type d’animation, la couleur, la graisse etc et éventuellement des images ou des vidéos, et il sera converti en un fichier multimédia prêt à être diffusé sur les réseaux sociaux ou dans un site internet. Il est possible de choisir parmi plusieurs voix de synthèse hyperréalistes à base d’IA. Le site est aussi immonde qu’atrocement commercial (en plus d’être traduit à la truelle) mais le service mérite peut-être un essai.

Avec YouTube, tous virtuoses ?
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