Et si le numérique faisait entrer notre civilisation en régression ?

Stonehenge during daytime

Plus notre espèce est censée être évoluée, plus les progrès technologiques accélèrent, et plus j’ai l’impression que nous “dé-évoluons”.

Ou plutôt, que l’organisation de nos sociétés est en phase de régression, essentiellement parce-que que les états sont dépassés par la rapidité de la technologie et par l’agilité de petites structures qui la maitrisent parfaitement, et par la capacité de chacun à communiquer sous les radars avec des inconnus dans le monde entier. De fait, ce qui devrait être les marqueurs de l’évolution d’une société semble vouloir se retourner contre elle.

Nous en avons encore une illustration assez flagrante ces derniers mois avec le site CovidTracker et son corolaire plus récent, VaccinTracker. De quoi s’agit-il ? Tout simplement d’un site qui depuis le début de la pandémie, récupère, traite et publie toutes les données en temps réel sur celle-ci. Le site est rapidement devenu la référence pour tous ceux qui souhaitent se tenir informés de l’évolution du Covid-19 dans le monde, et il a reçu depuis son lancement des millions de visites.

Caractéristique : il a été créé et déployé – est il est maintenu quotidiennement – par une personne seule, en l’occurrence un jeune ingénieur en informatique de 25 ans, Guillaume Rozier. Le garçon vient de récidiver avec VaccinTracker, donc, qui propose le même type d’informations, mais cette fois pour suivre l’état de la vaccination en France et dans le monde, avec une blinde de statistiques malaxées dans tous les sens et présentées en différents graphiques.

Avec cette initiative “citoyenne et bénévole” selon ses propres termes, qui devrait selon toute logique relever d’une mission de service public, le jeune data scientist vient, probablement sans le vouloir, d’humilier un pan entier de la structure bureaucratique française, en démontrant qu’un homme seul, ultra-compétent dans son domaine, pouvait faire assez facilement et surtout rapidement ce qu’un ministère entier et ses hordes de fonctionnaires étaient incapable de mettre en place [1]. La preuve ? Olivier Véran en personne a contacté le jeune homme pour lui proposer de collaborer avec ses services…

Cette histoire n’est pas un cas isolé. Depuis l’émergence d’internet puis des technologies numériques, les exemples à la David et Goliath sont légion, dans tous les domaines. Quand c’est pour le bien de tous et que seul l’amour propre des technocrates en place dans les gouvernements doit en souffrir, ce n’est pas très grave.

Mais cette perte de contrôle du politique peut aussi poser problème.

Avec les réseaux sociaux et les messageries chiffrées, il est désormais possible d’organiser n’importe quel évènement de masse, n’importe où et n’importe quand, au nez et la barbe des autorités, sans pour autant être un expert du cryptage ou un cador de la clandestinité. La rave party de Lieuron et l’invasion du Capitole à Washington en sont les illustrations les plus récentes.

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On pourrait multiplier les exemples à l’infini. Côté Tech, du mini-drone qui peut voler n’importe où et n’importe quand sans jamais être vu, jusqu’aux lunettes avec capteur vidéo intégré (et invisible) qui permettent de filmer ou photographier ce que l’on veut quand on veut sans se faire repérer, et donc diffuser potentiellement des images interdites sans risque de se faire attraper par la patrouille. Et bien sûr côté internet, les hallucinantes théories conspirationnistes qui fleurissent sur les réseaux sociaux, massivement, et qui ont définitivement échappé à toute forme de raison. Ou les deepfakes. Ou encore, dans un autre domaine, les arnaques quotidiennes sur Instagram, dans le plus grand calme, dont les auteurs ne seront absolument jamais inquiétés, et qui vivent leur meilleure vie de dropshippers sous quelque latitude exotique.

C’est ainsi tout un secteur de la société qui échappe au politique et à la loi. Alors certes cela a toujours existé, et les organisations clandestines ou autres escrocs à la petite semaine n’ont pas attendu internet pour sévir. Mais la différence est que ceci se présente désormais à la portée de tout un chacun, facilement, souvent gratuitement. Idem pour les fake news et autres théories à la con : jusque-là le pouvoir de nuisance d’un imbécile diffusant de fausses informations se limitait à son bistrot ou au pire à son village. Aujourd’hui il a le monde à portée de doigts. Et des hordes d’autres imbéciles pour relayer et amplifier son tweet.

Et aucun état pour régler la question

Le problème ? Celui de potentiellement favoriser l’agrégation d’une société parallèle, invisible, échappant à tout contrôle, et qui s’organise façon jungle en faisant exploser toutes les hiérarchies complètement dépassées qui caractérisent nos états et nos organisations politiques. Et qui crée ses propres règles. Anarchie vs. énarchie.

Moralité, pour que les états reprennent la main sans sombrer dans l’autoritarisme ou l’interventionnisme, et si nous ne voulons pas retourner à l’âge de pierre, peut-être faudrait-il davantage de Guillaume Rozier dans les ministères.

[1] certes une partie des données provient de Santé Publique France, mais le coup de maitre est d’avoir créé des algorithmes qui les rendent graphiques, digestes et accessibles à tous


Télégrammes

Tu la sens venir la grosse main de Facebook derrière tes données WhatsApp ? Laisse tomber, tu n’as pas le choix, soit tu dégages l’app soit tu continues à l’utiliser et tout part chez Tonton Zuck, même si le RGPD te protégera un peu. Ce qui n’empêche absolument pas Facebook d’offrir un restyling à ses pages pro pour aider les créateurs, ni de bloquer, comme Twitter et d’autres, le compte de Donald Trump, s’arrogeant au calme un droit unilatéral de censure qui peut poser question. La future Apple Car sera-t-elle une Hyundai ? En tout cas chapeau bas aux graphistes en roue libre qui rivalisent d’imagination pour dessiner ce qui pourrait être la voiture Apple, sans le moindre élément tangible, si ce n’est que pour eux elle ressemblera forcément à une espèce de soucoupe volante (évidemment inconduisible en réalité) directement issue d’un vieux film de SciFi. Ce qui doit bien faire rire l’homme le plus riche du monde, qui ne sait pas quoi faire de son pognon. Tiens, la FIFA réfléchit à un truc relativement intelligent et novateur, “intelligent” et “FIFA” dans la même phrase, on n’est tellement pas habitués. Le sachiez-tu ? Les algos les plus pointus ont eux aussi besoin de sommeil, mais qui est-ce qui va travailler à notre place alors ? On s’en fout, on n’aura plus besoin de travailler, le Bitcoin n’arrête pas de monter pendant qu’on dort sous la surveillance d’Amazon et que les camarades de chez Google découvrent les joies du syndicalimse.

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A la petite semaine

Mercedes a la dalle

On connaissait l’écran XXL des Tesla, les 3 écrans des dernières Audi ou les 4 écrans de la Porsche Taycan. Voici celui qui va tous les calmer, j’ai nommé l’Hyperscreen Mercedes, qui devrait équiper son prochain modèle électrique, l’EQS. Mercedes est allé très loin dans le concept puisque qu’il s’agit d’une dalle de 55 pouces, soit 141 cm, incurvée et faite d’une seule pièce qui couvre l’intégralité de ce que l’on appelait avant la planche de bord. En fait, l’écran EST le tableau de bord. L’engin abritera l’interface MBUX maison et sera alimenté par un processeur à huit cœurs avec une mémoire RAM de 24 Go, et 46,4 Go de bande passante de mémoire RAM par seconde.

Chez soi, l’ultime frontière

En ces temps pandémico-terroristes, rester à la maison et reproduire la vie d’avant à travers les écrans par peur de l’extérieur semble s’imposer pour certains comme une nouvelle norme. Cet “enlignisme” qui permet de pratiquement tout faire en tout sécurité depuis son canapé ou sa chambre à coucher, y compris aller au théâtre, au concert ou à la salle de sport finira-t-il pas nous déconnecter totalement d’un réel qui ne ferait plus envie ? Je sais pas toi mais moi j’ai envie de pleurer.

Comment l’IA transforme les médias

Articles écrits par des robots (ce qui n’est plus si nouveau), avatars virtuels, deepfakes audio ou vidéo, fact-checking, traduction assistée… Les médias n’échappent pas à la déferlante des algorithmes, pour le meilleur et pour le pire. Synthèse d’un état des lieux dressé par Jérôme Colombain, journaliste Tech à FranceInfo et 01Net.

Les mots des maux de 2020

L’Observatoire des Slogans est un organisme dédié à l’analyse de la société à travers le prisme des slogans publicitaires. L’année 2020 aura dans ce domaine aussi été très profondément impactée par le Covid-19. Faits saillants : dans cette période de crise les marques n’ont jamais autant pris la parole, et l’utilisation de l’anglais a fortement régressé, signe d’un repli “patriotique” lié à l’incertitude et au besoin de réassurance.

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Familles je vous hais (sur WhatsApp)

Qui n’a jamais mis son app WhatsApp en sourdine pour 8 heures (le choix est restreint) suite à une déferlante de notifications qui pulvérisent sa concentration façon puzzle ? Les groupes WhatsApp familiaux peuvent être la meilleure chose, a fortiori dans ces périodes de distanciation antisociale, mais peuvent aussi facilement tourner la la prise de tête si on n’en n’use pas avec modération. Quitte à s’auto-exclure du cercle familial, et devoir se justifier autour du prochain gigot dominical.

En couple avec son chatbot

Quand la réalité rattrape la fiction décrite par Spike Jonze dans le film Her. Cela se passe en Chine – mais cela pourrait nous concerner aussi – où certains utilisateurs quelque peu esseulés déclarent être sous l’emprise amoureuse de Xiaoice, un chatbot créé en 2014 par Microsoft et devenu une entreprise indépendante depuis, qui compte juste 660 millions d’utilisateurs. « Quoi qu’il arrive, je serai toujours là ». Tu m’étonnes, John.

8 bonnes tendances 2021 pour le marketing de contenu

Less is more, FOMO, retour de l’écrit… Si tu t’interroges sur la pertinence de te lancer dans une stratégie de contenu en 2021, voici qui pourra t’aider à y voir plus clair. C’est là que j’en profite pour placer ma petite auto-promo : je peux t’accompagner et sans fausse modestie il parait que je me débrouille pas trop mal (source : mes clients).

Toi aussi deviens un ninja du fact-checking

Les fake news sont l’un des cancers d’internet, et leur détection est une tâche sans fin (et sans fond). Pour debunker, pourquoi là aussi ne pas faire appel à l’intelligence – et à la lucidité – collective ? C’est l’objet de CaptainFact, une plateforme collaborative et open source de vérification des faits. Toutes les explications chez Framablog.


La bonne adresse

Tu veux savoir si tu as bon goût musicalement parlant (même si tes dernières écoutes en boucle sont un best of de Rika Zaraï) ? Ce site, nourri depuis l’enfance à l’intelligence artificielle, te propose d’analyser ton Spotify pour évaluer tes goûts musicaux. L’algorithme s’est préalablement entrainé sur un corpus de deux millions “d’indicateurs objectifs de bonne musique” glanés essentiellement sur internet. Bon il faudra accepter qu’un service inconnu se connecte à ton compte Spotify, et croire au principe de l’objectivité des indicateurs dans un domaine ou la subjectivité est clé.

Courage, on est avec toi.

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