Les réseaux sociaux inventent de nouveaux codes de communication, qui façonnent un nouveau langage. Une évolution, voire une rupture, que nous n’avons peut-être jamais connue auparavant.

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Les réseaux sociaux inventent de nouveaux codes de communication, qui façonnent un nouveau langage. Une évolution, voire une rupture, que nous n’avons peut-être jamais connue auparavant.

La preuve ? Envoyez sur Twitter, Snapchat ou TikTok un boomer qui n’y a jamais mis les pieds, même s’il est familier d’internet, et vous verrez qu’il ne va pas comprendre grand chose à cette foison de contenus hétéroclites rythmés et ponctués par des memes, des emojis, des GIF et des expressions que seuls les habitués des réseaux sociaux connaissent. Surtout les plus jeunes.

On peut déplorer cette métamorphose, mais on peut aussi l’observer avec intérêt et gourmandise, et se réjouir de voir que le langage – au sens très large – continue sans cesse d’évoluer. Je me range plutôt dans cette deuxième catégorie, et tant pis si parfois cela bouscule mon coté grammar nazi.

Les créateurs doivent s’adapter aux nouveaux formats, mais pas à n’importe-quel prix

Mais il y a des limites, et certaines fonctionnalités des plateformes ont aussi leurs effets de bord. Et là pour le coup ce n’est pas toujours pour le meilleur. Deux exemples me viennent en tête. Tout d’abord la fonction lecture accélérée de Netflix, pratique certes, mais qui reste une hérésie absolue en termes de perception d’une œuvre et une trahison par la technologie et par notre désir de toujours en vouloir plus, et plus vite.

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L’autre exemple a été mis sur le devant de la scène récemment par la chanteuse Adele (j’en ai parlé dans un numéro précédent), la fameuse fonction “Shuffle” ou lecture aléatoire des chansons d’un album sur Spotify. A l’occasion de la sortie de son dernier album, Adele avait demandé à Spotify de supprimer cette option car son activation pouvait défigurer l’album par une lecture en vrac des titres, alors que l’on sait que l’ordre des chansons n’est jamais le fruit du hasard, et procède d’un travail approfondi de linéarité qui compte pour beaucoup dans le processus de production d’un album. Spotify a reconnu en creux que la demande était justifiée puisque la plateforme a accédé à la requête d’Adele.

On pourrait citer de nombreux autres exemples, comme le format vertical des stories qui contraint certains professionnels de l’image à découper à la hache leur production, comme si l’on avait demandé à Vincent Van Gogh de mettre un coup de ciseau dans une toile pour la faire tenir dans un cadre trop petit pour elle.

La création doit évidemment s’adapter à ces nouveaux formats, ce nouveau langage, mais c’est à nous aussi à nous adapter au travail des créateurs, et à respecter leurs choix artistiques.

Car comme chacun sait, le silence qui suit une œuvre de Mozart est aussi de Mozart (je suis content de la placer celle-là, ça faisait longtemps).

Comment les plateformes trahissent les créateurs
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